Dr Chloé Solatges
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Le mastocytome

Qu’est-ce que c’est ?

Les mastocytomes font partie des cancers de la peau les plus fréquents chez le chien. Ils sont dus à la prolifération anarchique de cellules qui interviennent normalement dans les réactions inflammatoires, et qu’on appelle les mastocytes.

Bien que certaines races, comme le Golden Retriever, le Labrador, les Boxers, les Boston Terriers, les Carlins et les SharPeis, y soient prédisposées, cette tumeur est susceptible de se développer chez n’importe quel chien, de race ou non. Le plus souvent, le mastocytome apparaît chez le chien adulte à âgé, mais il peut également se former sur des animaux jeunes.

Quels sont les symptômes ?

Les mastocytomes peuvent se manifester par un grand nombre de symptômes. Le plus souvent, ils prennent la forme de masses cutanées de taille variable.

Les autres symptômes sont liés aux rôles que jouent les mastocytes normaux dans l’organisme. En effet, ces cellules contiennent à l’état normal de petites granulations violettes, qui sont formées d’histamine et autres substances responsables de réactions inflammatoires, comme celles que l’on peut voir chez des personnes souffrant d’allergies ou d’asthme. C’est pourquoi, lorsqu’un mastocytome est présent et qu’une grande quantité de ces granulations sont libérées dans l’organisme, les symptômes suivants peuvent apparaître :

  • Gonflements, démangeaisons, rougeur, ulcération de la peau ou formation de bleus sur le site de la tumeur,
  • Modification de la forme et de la taille de la masse après manipulation,
  • Douleurs abdominales et vomissements en cas d’ulcère digestif causé par l’histamine, et dans les cas graves,
  • Anémie faisant suite à des saignements intestinaux.

Quels sont les examens nécessaires ?

Le diagnostic de mastocytome est basé sur les résultats d’une analyse de laboratoire. Le plus souvent, il s’agit d’une cytoponction : on récupère à l’intérieur de la masse suspecte quelques cellules à l’aide d’une aiguille fine, que l’on étale sur une lame de microscope. Dans le cas d’un mastocytome, l’examen de cette lame portant les cellules permettra au laboratoire de trouver des mastocytes modifiés.

Ensuite, pour connaître la marche à suivre avec un chien atteint de mastocytome, il faut se poser les trois questions suivantes :

  1. La tumeur s’est-elle déjà répandue dans l’organisme de mon chien ?
    Les mastocytomes ont tendance à se propager d’abord aux nœuds lymphatiques (les ganglions) à proximité du site de la tumeur. C’est pourquoi, il est recommandé de procéder à une cytologie du nœud lymphatique (on en récupère quelques cellules à l’aide d’une aiguille fine, que l’on étale sur une lame de microscope et qu’on envoie au laboratoire pour analyse) ou à une biopsie du nœud lymphatique (on en retire une partie ou la totalité et on le fait analyser).
    Après les nœuds lymphatiques, les cellules tumorales migrent préférentiellement à la rate, au foie et à la moelle osseuse. Il est possible et parfois nécessaire de tester ces différents organes par des cytoponctions réalisées au cours d’une échographie. En effet, lorsque d’autres organes que la peau sont atteints, le pronostic est plus sombre et les traitements, moins efficaces.

  2. Quel est le grade de la tumeur ?
    Le grade de la tumeur est évalué après biopsie ou retrait de la masse. Le laboratoire observe le tissu tumoral et définit si la tumeur est plutôt de grade I, II ou III.

    • Grade I : c’est une tumeur bien différenciée (les mastocytes sont bien reconnaissables et n’ont pas tendance à migrer),
    • Grade II : la tumeur est moins différenciée et tend à se propager aux tissus adjacents,
    • Grade III : la tumeur est très peu différenciée (les mastocytes sont difficilement reconnaissables) et s’étend facilement aux tissus et à la peau.

Cette analyse est importante car elle fournit des informations utiles pour prédire l’évolution de la tumeur, son agressivité, et le type de traitement qui sera le plus efficace. Elle permet également de dire si toute la tumeur a été retirée, ou s’il reste des cellules tumorales, ce qui pourra donner lieu à une nouvelle intervention.

  1. Y a-t-il d’autres critères de santé à prendre en compte chez mon animal ?
    Il est pratiquement toujours possible de retirer chirurgicalement un ou plusieurs mastocytomes. Il faut néanmoins tenir compte du délai prédictible avant l’apparition de nouvelles tumeurs, et des autres maladies qui peuvent rendre l’anesthésie plus dangereuse pour votre animal.

Quel est le traitement ?

Les différents traitements possibles contre les mastocytomes sont la chirurgie, la radiothérapie, la chimiothérapie et des traitements palliatifs. Le choix du traitement le mieux adapté dépend du grade du mastocytome, de la durée d’évolution, et de la présence ou non de maladies concomitantes.

Pour les mastocytomes de grade I et II, le traitement de choix est la résection chirurgicale complète. Le risque de dissémination aux autres organes est faible, et l’objectif est de gérer la propagation locale de la tumeur. Il est souvent nécessaire de retirer une grande quantité de peau pour obtenir des marges saines, non colonisées par des cellules tumorales. Si la tumeur ne peut pas être retirée dans son ensemble, une radiothérapie ou chimiothérapie complémentaire pourront être envisagées.

Pour les mastocytomes de grade III, le traitement de choix est la chimiothérapie, car c’est le seul traitement qui empêche la propagation des cellules aux autres organes. Elle est efficace dans environ un tiers des cas.

Pour tous les patients, un soutien thérapeutique avec des anti-histaminiques, des protecteurs intestinaux et parfois des corticoïdes, est indiqué.

Quel est le pronostic ?

Les mastocytomes sont assez imprévisibles, mais sont toujours considérés comme malins, c’est-à-dire qu’ils sont capables de se propager dans l’organisme (métastases). Les tumeurs bien différenciées, de faible grade, métastasent moins facilement que celles de haut grade. Ces dernières sont donc plus graves et associées à une durée médiane de survie plus faible.

Traduit et adapté d’après Kenita S. Rogers, in Ettinger’s Veterinary Textbook of Internal Medicine.