Dr Chloé Solatges
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L’insuffisance rénale chronique

QU’EST-CE QUE C’EST ?

Dire qu’un animal est atteint d’insuffisance rénale revient à dire que ses deux reins sont devenus incapables de fonctionner normalement, à cause d’un défaut de structure ou de fonctionnement.

Les reins sont des organes situés dans l’abdomen le long de la colonne vertébrale, dont les rôles sont d’éliminer les déchets de l’organisme, de réguler la quantité d’eau et de minéraux présents dans le sang, et de produire un certain nombre d’hormones (notamment l’EPO chargée de produire les globules rouges du sang).

L’insuffisance rénale peut se manifester de manière aigue ou chronique : dans le premier cas, elle évolue en quelques jours et peut être réversible ; dans le cas de l’insuffisance chronique, par contre, elle évolue sur plusieurs mois à années et les dégâts sont irréversibles. C’est pourquoi, les chiens et chats atteints d’insuffisance rénale chronique ne peuvent pas être guéris ; toutefois, il est possible d’améliorer leur condition et de stabiliser leurs symptômes.

Les reins sont composés de milliers d’unités fonctionnelles appelées néphrons (environ 190 000 chez le chat et 400 000 chez le chien). Ils sont tellement nombreux qu’il faut que deux tiers d’entre eux meurent avant que les symptômes de la maladie n’apparaissent. C’est pourquoi, le diagnostic d’insuffisance rénale est en général établi tardivement, lorsque la souffrance rénale évolue déjà depuis longtemps : seuls les tests sanguins les plus récents sont capables de détecter la maladie avant cette étape.

Un des objectifs de la gestion de l’insuffisance rénale chronique est de la détecter suffisamment tôt pour en ralentir la progression, et éviter l’apparition de symptômes plus graves.

Attention, de nombreux propriétaires pensent que l’insuffisance rénale chronique est le simple résultat du vieillissement de leur animal. Ce n’est pas exact : il existe une cause à cette maladie, même si bien souvent on ne parvient pas à l’identifier.

QUELS EN SONT LES SYMPTOMES ?

Tant que la souffrance rénale n’est pas majeure, les animaux ne présentent pas de symptômes. Par contre, dès que le seuil de deux tiers des néphrons détruits est atteint, ils peuvent tomber gravement malade, et montrer en particulier les symptômes suivants :

  • Augmentation de la prise de boisson (polydipsie)
  • Augmentation du volume d’urines émises (polyurie)

Ces symptômes découlent de l’incapacité du rein à retenir l’eau et donc à concentrer les urines. D’autres symptômes se développent ensuite :

  • Perte de poids et fonte musculaire
  • Pelage terne, de mauvaise qualité
  • Appétit devenant progressivement plus sélectif

Si la fonction rénale continue à décliner, l’animal devient incapable d’éliminer ses déchets, ce qui conduit à l’accumulation de déchets toxiques dans l’organisme. C’est ce qu’on appelle une crise urémique. Les symptômes principaux de ces crises sont :

  • Perte d’appétit
  • Vomissements
  • Ulcères douloureux dans la bouche
  • Mauvaise haleine (odeur d’ammoniaque)
  • Faiblesse généralisée

D’autres effets de l’insuffisance rénale chronique sont l’installation progressive d’une anémie et d’une hypertension artérielle. L’anémie contribue à aggraver la léthargie et la perte d’appétit des animaux. L’hypertension artérielle, quant à elle, peut causer des cécités subites (l’animal devient aveugle en quelques heures), des troubles neurologiques (perte de conscience, déconnexion, modifications du comportement, coma, convulsions), et des troubles cardiaques.

QUELS EXAMENS SONT NECESSAIRES AU DIAGNOSTIC?

Si le vétérinaire suspecte une insuffisance rénale chronique, il proposera un certain nombre d’examens de laboratoire pour confirmer cette hypothèse :

  • L’analyse d’urine est indispensable car elle permet d’évaluer la concentration des urines, et de repérer une éventuelle infection de l’appareil urinaire.
  • Une prise de sang pour mesurer les concentrations de créatinine et d’urée, qui sont normalement éliminées par le rein, et qui sont donc présentes en quantité anormale dans le sang lorsque les reins fonctionnent mal. D’autres tests sanguins sont nécessaires en fonction des cas: numération-formule pour évaluer l’anémie, mesures de minéraux…
  • Des mesures de la pression artérielle peuvent être recommandées.
  • Des radiographies et/ou une échographie peuvent apporter des informations supplémentaires sur la maladie, ses causes et son évolution.

QUEL EST LE TRAITEMENT?

Heureusement, la majorité des chiens et chats atteints d’insuffisance rénale chronique peuvent être traités et retrouver une bonne qualité de vie pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Le traitement doit être adapté au cas par cas, mais inclut fréquemment :

  • Une phase de stabilisation pendant laquelle l’animal est hospitalisé sous perfusion, de manière à le réhydrater et à nettoyer son sang des déchets. Cette étape dure habituellement 48 à 72h. Pendant ce temps, les examens nécessaires sont réalisés de manière à préciser les modalités du traitement qui sera ensuite fait à la maison.
    Dans les cas graves, cette phase permet également de préciser le pronostic : si l’état de l’animal continue de se dégrader pendant la perfusion, il est parfois impossible de lui faire « remonter la pente». Dans ce cas-là, l’euthanasie est parfois envisagée.

  • Un régime alimentaire adapté, pauvre en sel et muni de protéines facilement digestibles, a fait les preuves de son efficacité. Ces aliments spécifiques existent sous forme de croquettes ou de pâtée et sont disponibles exclusivement chez les vétérinaires, car ils ne sont pas adaptés aux animaux indemnes de maladie rénale. La plupart des grandes marques d’alimentation vétérinaire ont développé ces aliments (Hill’s Prescription Diet K/D, Purina PVD NF, Virbac VetComplex Renal, Royal Canin Rénal).
    Si vous ne souhaitez pas distribuer d’aliments industriels à votre animal, il est possible de faire calculer par votre vétérinaire une ration ménagère à base de viande, féculents et légumes, correctement équilibrée en protéines et minéraux, pour soutenir la fonction rénale.

  • Des médicaments destinés à contrôler les symptômes et les complications :

    • Les IECA permettent dans certains cas d’éviter l’aggravation de la maladie rénale.
    • Des antihypertenseurs font diminuer la tension artérielle des animaux qui en ont besoin. Ces deux principes actifs sont parfois combinés en un seul médicament.
    • Des chélateurs du phophore permettent de diminuer les concentrations sanguines en phosphates, chez les animaux qui le nécessitent.
    • Des préparations homéopathiques existent également, et peuvent être utilisés en complément. Ils ont l’avantage de ne présenter aucune toxicité pour le reste de l’organisme.

Chez l’Homme, l’insuffisance rénale est généralement traitée par dialyse (passage du sang dans une machine qui traite les déchets) ou transplantation rénale (greffe de rein). Ces techniques ne sont pas disponibles à ce jour sur le territoire français

Des suivis réguliers sont importants pour évaluer les effets du traitement. Leur fréquence dépend de la gravité des symptômes et du type de médicaments utilisés. On commence en général par un rendez-vous toutes les 2 semaines, puis tous les mois, puis tous les 3 mois.

Traduit et adapté d’après David J. Polzin, in Ettinger’s Veterinary Textbook of Internal Medicine, 6th ed. Illustrations d’après Hill’s Atlas of Veterinary Clinical Anatomy.